La version définitives des actes des 36èmes journées d’Études sur la parole sont désormais disponibles : ActesJEP26, bonne lecture !
Aperçu du programme hebdomadaire :

L’ensemble du programme des journées du 09 au 12 juin est disponible ici.
Résumés des conférences plénières :
Christine Meunier
Laboratoire Parole et Langage, Université Aix-Marseille (France)
La parole des individus : singulière, plurielle ou commune ?
Nous cherchons le plus souvent à donner un sens à la variabilité observée dans nos travaux . Cela n’a pas toujours été le cas. La variation a longtemps été considérée comme un « obstacle » à la compréhension des mécanismes généraux et, à ce titre, elle était le plus souvent ignorée ou simplement signalée. Plus récemment, son intégration (et plus précisément l’intégration de la variabilité individuelle) dans un modèle de production et de compréhension de la parole est devenue une question d’importance. Ce changement est du, en partie, au fait que nous voyons désormais dans les caractéristiques des productions individuelles des informations pertinentes utilisées par les auditeurs.
Mais quelles sont ces caractéristiques et comment utilisons-nous ces singularités pour reconnaître un individu, ou un groupe d’individu? Quelles sont nos « compétences » et nos limites dans cette tâche? A quels types d’indices nous attachons-nous? Quels sont les facteurs qui nous facilitent la tâche ou qui nous la rendent plus ardue? Nous aborderons ces questions en évoquant notamment les contraintes méthodologiques liées aux comparaisons de voix par des auditeurs.
Cédric Gendrot
Laboratoire de Phonétique et Phonologie, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 (France)
Variation acoustique inter- et intra-locuteur : sources, dimensions et implications
La variabilité de la parole constitue l’une des propriétés les plus fondamentales — et les plus complexes — du signal acoustique. Cet exposé propose une exploration structurée des sources de variation inter- et intra-locuteur, en adoptant une perspective qui va du phonème au locuteur dans sa globalité.
Nous examinerons d’abord la variation phonémique et allophonique, avant d’aborder les facteurs physiologiques qui modulent le signal : morphologie du conduit vocal, sexe et âge notamment. Nous considérerons ensuite la dimension socio-phonétique — contexte social, positionnement identitaire, contexte d’interaction — ainsi que la variabilité situationnelle propre à chaque locuteur (fatigue, émotion, contexte d’interaction).
En conclusion, nous discuterons des implications de cette variabilité pour les approches neuronales modernes en traitement automatique de la parole et en reconnaissance du locuteur, et de la manière dont ces systèmes peuvent — ou non — en rendre compte.
Véronique Delvaux
Service de Métrologie et Sciences du Langage (FPSE), Institut de recherche en sciences et technologies du langage, Université de Mons (Belgique)
La dimension stratégique de la production de parole
Les propriétés phonétiques du signal de parole sont déterminées par un ensemble de facteurs linguistiques et extralinguistiques : la compétence langagière des locuteurs, leur état physique et émotionnel, leurs intentions communicatives et leurs attitudes, mais également les paramètres situationnels dans lesquels s’inscrit l’interaction (profil des interlocuteurs, bruit ambiant, etc.).
De nombreuses études ont documenté les effets de ces facteurs sur les propriétés segmentales et suprasegmentales de la parole. Si certains effets sont désormais bien établis — telle l’influence de la charge cognitive et/ou du stress sur la fréquence fondamentale —, une variabilité résiduelle considérable persiste, y compris dans des conditions de contrôle expérimental rigoureux. Cette variabilité, classiquement imputée aux « différences individuelles », est généralement reconnue, parfois décrite, mais rarement expliquée. Dans le cadre d’un modèle transactionnel de la relation entre le sujet et son environnement, il apparaît qu’une part substantielle de la variabilité inter- et intra-individuelle en production de parole est analysable comme le produit du contrôle que chaque locuteur exerce sur son comportement vocal pour répondre aux contraintes spécifiques, internes et externes, que lui impose la situation de communication.
L’axe central de mes recherches porte sur le comportement langagier dans sa dimension stratégique. J’examine la manière dont la production et la perception de la parole sont régulées par le locuteur et l’auditeur en réponse aux contraintes individuelles et situationnelles, et j’interroge les processus par lesquels les représentations mentales afférentes se construisent, s’actualisent, voire se restructurent. Cette présentation s’appuie sur un ensemble d’études empiriques illustrant mes travaux récents, conduits en collaboration avec des collègues de l’UMONS, autour de situations propices à l’émergence d’un comportement vocal stratégique.
Trois contextes seront examinés : (i) celui de patients atteints de pathologies affectant le contrôle moteur de la parole (p.ex. maladie de Parkinson), afin de dissocier les effets de la pathologie, les effets iatrogènes du traitement et les éventuelles stratégies de compensation individuelles ; (ii) celui d’apprenants en langue étrangère confrontés à des contrastes phonétiques absents de leur système natif, tels les occlusives aspirées sourdes pour des apprenants francophones de l’anglais; (iii) celui d’adultes neurotypiques soumis à plusieurs paradigmes expérimentaux en laboratoire (déguisement vocal, compliance phonique), dans le but d’évaluer leur potentiel de flexibilité phonétique et leur propension à le mobiliser face aux exigences de la situation communicative.
Mélanie Jucla
Laboratoire de NeuroPsychoLinguistique, Université Toulouse Jean Jaurès (France)
Fluence et disfluences dans la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées
L’étude des productions orales présente un intérêt particulier pour la compréhension des difficultés langagières mais également cognitives de personnes atteintes de maladies neurodégénératives. La prise en compte de la fluence et des disfluences en discours est particulièrement cruciale puisqu’elles sont le reflet d’une maîtrise de la performance langagière et qu’elles permettent de distinguer différents types d’atteintes. Encore faut-il savoir quels indicateurs de fluence/disfluences sont pertinents à analyser dans ce type de population. Au cours de cette conférence, nous présenterons une série de travaux menés en collaboration avec le CHU de Toulouse portant sur l’étude de discours narratifs avec un focus sur les disfluences chez des patients présentant une maladie d’Alzheimer (MA) ou une dégénérescence fronto-temporale (DFT). Nous verrons d’une part que ces disfluences peuvent parfois être le reflet de stratégies compensatoires et donc d’une relative préservation des fonctions langagières et cognitives dans la MA. D’autre part, nos travaux exploratoires dans les aphasies primaires progressives mettent à jour l’intérêt de prendre en compte d’autres indicateurs que les pauses dans l’analyse de la parole disfluente pour mieux comprendre le profil des patients que l’on qualifie de « fluent ou non fluent ».
