2. Les thématiques

Les recherches de Praxiling sont distribuées en trois thèmatiques :

1. Discours, langue

Ce thème étudie les processus de construction du système linguistique à partir de réalisations discursives attestées. Il se décline en deux axes : le premier cherche à théoriser la relation langue/discours en analysant des usages discursifs et leur variation. Il s’appuie notamment sur les données fournies par le second, qui vise à constituer un patrimoine des usages discursifs et de leur description.

L’axe Réglages, déréglages des usages et du sens cherche à proposer une modélisation des processus par lesquels se stabilisent et se déstabilisent, en langue, des phénomènes discursifs. Il s’agit de repérer, analyser et circonscrire les différents paramètres entrant en jeu dans les phénomènes de changement linguistique, selon des diachronies courtes (trajectoires d’émergence), moyennes ou longues (lexicalisation, grammaticalisation, obsolescence). Les objets d’étude se situent à différents niveaux : morphosyntaxique (temps verbaux, diathèse verbale), orthographique, lexico-grammatical (collocations), lexical et pragmatique (marqueurs discursifs, modalisation autonymique).
Les phénomènes sont observés en recourant aux outils informatiques de traitement de corpus. Une attention particulière est portée au paramètre des traditions discursives.

L’axe Discours, langue, patrimoine appréhende les discours et la langue dans une perspective de patrimonialisation, en se conformant aux principes du FAIR (cf. thème transversal). Il vise à rendre disponibles les réalisations discursives et leur description au cours de l’histoire. Il se subdivise ainsi en deux sous-axes, l’un visant à la patrimonialisation de corpus, l’autre à celle des outils de description du langage.  
Le sous-axe Discours, langue, patrimoine se consacre à la collecte, au traitement et à l’analyse de corpus présentant un intérêt majeur dans l’histoire de la société et de la langue. Il a pour objets les productions écrites et orales des acteurs de l’histoire (responsables politiques, témoins, gens ordinaires…), en particulier pendant les périodes de crise. Il fournit des données permettant de travailler sur l’interdépendance entre la langue et l’histoire sociale.  
Le sous-axe Descriptions du langage à travers le temps travaille sur les outils mis en œuvre pour appréhender les usages linguistiques écrits et oraux. Il a pour objets d’une part le discours métalinguistique (en particulier les dictionnaires et les traités de description de la prosodie) et d’autre part les instruments qui permettent d’étudier la parole. Il en propose la mise à disposition sous forme de bases de données ou de parcours muséographiques. 
Si l’axe 2 se donne pour objet, avec le discours et la langue, un patrimoine immatériel, il intègre également le patrimoine matériel que constituent les archives écrites et sonores, les éditions historiques, les instruments anciens et contemporains d’analyse de la parole.

Les projets de l’axe Discours, langue, patrimoine sont menés en collaboration avec des institutions essentielles dans le cadre de cette problématique (réseau des Archives départementales de France, Mémorial du camp de Rivesaltes, Bibliothèque Nationale de France, DGLFLF).

Projets (liste non-exhaustive) :

  • écri + (Projet PIA3, UOH)
  • Phraseorom (ANR, Université de Grenoble)
  • Grammaires françaises, traités et remarques sur la langue (Université de Cambridge)
  • Nénufar (Petit Larousse)
  • Corpus 14 (Première Guerre mondiale)
  • Rivesaltes (Deuxième Guerre mondiale)
  • Les Voix d’en bas (Mineurs de Ladrecht)
  • Corpus de discours parlementaires
  • Repaphon
  • Il était une fois la phonétique

2. Parole, interactions, santé

Les travaux s’inscrivant dans ce thème étudient les fonctionnements et dysfonctionnements de la parole et les dispositifs interactionnels qui contribuent à ce que les dysfonctionnements soient intégrés, voire surmontés. Ils portent sur les productions orales d’enfants et d’adultes, présentant ou non un trouble du langage et/ou un handicap, ainsi que sur les dysfonctionnements langagiers dans la conversation. Cela inclut la description typique et atypique du développement du langage.

Ces recherches doivent permettre une meilleure compréhension des dispositifs interactionnels qui contribuent à la réalisation d’une pertinence communicationnelle malgré l’existence d’une parole dysfonctionnelle. L’une des originalités de ce thème est d’apporter un regard croisé alliant des perspectives phonétiques et prosodiques, linguistiques et anthropologiques. Il adopte également une approche multimodale du langage, avec une prise en compte des cadres de participation – cliniques, ordinaires et artistiques – impliquant des personnes en situation de handicap (physique, mental et/ou psychique).

Les méthodologies de recherche mises en œuvre au sein de cette thématique incluent la constitution de corpus audiovisuels multimodaux, des enquêtes ethnographiques, que complètent un ensemble de données expérimentales permettant l’étude des phénomènes de productions orales qui présentent ou non un dysfonctionnement.

Trois axes sont présents dans le thème :

Les travaux portent sur la description du développement typique du langage en émergence à partir des données longitudinales et transversales d’enfants monolingues et bilingues francophones, anglophones et lusophones (portugais du brésil) âgés de 10 mois à 6/7 ans. Ces recherches s’intéressent notamment à la description de la prosodie de la langue maternelle (système accentuel, rythmique et intonatif) de la mise en place du proto-langage jusqu’à la l’acquisition des premières unités linguistiques (premiers mots, premières combinaisons de mots, première syntaxe) et d’un développement syntaxique plus avancé. Elles permettent d’établir un lien avec les altérations que l’on rencontre chez des enfants souffrant d’un trouble de la parole et/ou du langage (autisme et bégaiement notamment).

Les recherches menées dans cet axe s’inscrivent en linguistique et en phonétique clinique. Elles visent à décrire les spécificités du discours produit par des locuteurs monolingues et/ou bilingues, porteurs d’un trouble de la parole ou du langage, en comparaison avec des personnes dont la parole ne souffre d’aucune pathologie. L’axe se concentrera principalement sur l’étude du bégaiement, de l’autisme et de l’aphasie en se focalisant notamment sur l’étude des disfluences et sur les dysfonctionnements articulatoires, prosodiques, gestuels et discursifs de ces troubles. 

Les projets de recherche rassemblés ici s’intéressent aux pratiques langagières qui se déploient dans les activités artistiques impliquant des personnes en situation de handicap (physique, mental ou psychique). Les recherches explorent les dispositifs interactionnels et les cadres de participation – cliniques (STACCATO), scolaires (AUTISM), artistiques (ACTHAND, LATT) – qui contribuent à la prise en charge des dysfonctionnements interactionnels. 
Les travaux traitent tout particulièrement des domaines de la disruption avec une attention portée aux phénomènes d’anticipation et de réparation, de correction et de reformulation, dans la production orale spontanée et dans les interactions multiparticipants, et visent ainsi à une meilleure saisie du sens en contexte.
L’approche praxéologique qui caractérise l’ensemble des recherches contribue à la réflexion sur l’inclusion et l’autonomisation en première personne des enfants et des adultes en situation de handicap. 

Projets (liste non-exhaustive) :
 
  • PROSAUDIC (C. Dodane, région)
  • ACTHAND (M. Verdier) – Etude des processus de création théâtrale
  • LATT-L’Art Te Touche (B. Verine & M. Verdier) – Perception haptique des œuvres d’art
  • ANR STACCATO (C. Dodane) – Communication vibro-tacile
  • AUTISM (INShS) (N. Lorenzi-Bailly) – Les inégalités éducatives liées à l’enfant et/ou l’adolescent souffrant d’autisme
  • BENEPHIDIRE (F. Hirsch, ANR)
  • AADI (A. Nowakowska, FEDER)

3. Nouveaux discours et veille sociétale

Ce thème regroupe des chercheurs qui, en tant que linguistes, mais dans une perspective pluridisciplinaire, s’intéressent à la production du sens en discours, notamment en lien avec les enjeux sociétaux actuels.
Les deux versants des recherches, d’une part théorique et épistémologique, et d’autre part empirique et appliqué, sont coordonnés et mobilisés pour la définition d’outils (notionnels, méthodologiques et informatiques) destinés à des analystes de discours. Les travaux incluent des réflexions sur :
·         la complexité des discours en action des sociétés contemporaines (polysémioticité, multimodalité, hybridité, réticularité) ;
·         la constitution et l’exploitation de corpus inédits permettant de documenter des phénomènes sociaux spécifiques (mutations et innovations : radicalisation violente, transition écologique… ; vulnérabilités : migrations, inégalités, handicap…) ;
·         la définition de méthodologies et de parcours d’analyse ad hoc ou, au contraire, généralisables et reproductibles ;
·         l’articulation des méthodes qualitatives et quantitatives (statistiques, deep learning), en particulier pour la mise au jour de contenus implicites ou intriqués (dialogisme implicite…);
·         les méthodes de constitution et les représentations différenciées des données et ressources linguistiques, en fonction des phénomènes étudiés, des types d’applications et d’utilisateurs.

Deux perspectives particulières mais indissociables en discours traversent les différents travaux du thème : (i) l’étude de l’expression des représentations, des ressentis et des opinions, (ii) l’analyse des manifestations du dialogisme des discours et des dénominations. C’est en effet dans et par le discours que s’incarnent et se disent les perceptions et les ressentis, les motivations et les désirs, les normes, les valeurs et les idéologies, indissociables de la construction et de la négociation des réalités sociales. En situation d’incertitude, de crise ou de transition, plus particulièrement, la concurrence des visions et des projets débouche sur une production foisonnante de parole dialogique et dialogale, qui interroge, évalue, hiérarchise, oppose ou intègre, en traçant de nouvelles lignes de rupture et d’attraction. Dans l’optique de la veille sociétale, les ressentis de phénomènes perçus et les représentations du vécu sont des éléments qui une fois connus constituent une véritable aide à la décision, que ce soit à l’échelle individuelle, qu’à l’échelle des actions collectives.

Parmi une grande variété de thématiques de recherche, les membres de l’équipe travaillent collectivement sur deux axes suivants :

Dans le prolongement de la tradition praxématique, la description du fonctionnement dialogique des discours constitue un axe de recherche fondamental. 
Il s’agira, 25 ans après le début des travaux qui lui ont été consacrés au sein du laboratoire Praxiling, de mener une réflexion épistémologique sur la place qu’occupe aujourd’hui la notion de dialogisme au sein du champ de la pluralité énonciative, en s’efforçant de clarifier ses rapports (convergence, complémentarité…) avec les champs notionnels qui s’y rapportent : hétérogénéité énonciative, polyphonie, voix, points de vue, plurivocité, plurilinguisme… Originellement élaboré pour l’écrit littéraire, le dialogisme demeure insuffisamment exploré en lien avec les nouveaux genres de discours ; quels apports peut fournir la notion à l’exploration de productions langagières plus complexes (genres hybrides et polysémiotiques) ? On travaillera ainsi tout particulièrement, dans cette perspective, à la formalisation de la notion dans sa confrontation à l’interaction dialogale et à la dimension multimodale du discours lors d’échange en face à face (corrélation du dialogisme avec la prosodie et la mimo-posturo-gestualité).
Dans une perspective appliquée, il s’agira d’explorer les différentes manifestations du dialogisme en lien avec différents genres de discours écrits et oraux, monologaux et dialogaux (discours médiatiques, politiques, littéraires, témoignages…), où le phénomène est le mieux représenté et s’observe le plus finement.
Se poseront alors notamment les questions de la détermination des modes de manifestations du dialogisme sur les différents plans du discours et de la formalisation de ses marques (structures et combinaisons prototypiques). On tâchera ainsi de déterminer la nature et les configurations des traces du dialogisme aux plans grammatical, rhétorique et lexico-sémantique, notamment au travers de l’étude de discours « de crise », lieu privilégié pour observer les conflits de dénomination, mais aussi au plan multimodal, dans le cadre d’interactions en face-à-face relevant de genres institutionnels ou familiers (comment la prosodie et la mimo-posturo-gestualité manifestent-elles tangiblement la pluralité énonciative ?). 
Sur le plan interactionnel, on s’intéressera à l’articulation de la dimension dialogique du discours (interaction interne) avec sa dimension dialogale (interaction externe), au sein de différents genres de corpus écrits (forum, articles scientifiques, articles de presse, etc.) et oraux (conversations familières, interviews, débats…). On tentera d’établir de quelle manière le dialogisme, particulièrement adapté aux discours littéraires pour l’analyse desquels il a été pensé, permet d’analyser énonciativement l’interaction, en le mettant à l’épreuve, notamment, de sa confrontation à des corpus d’oral en interaction.
D’un point de vue fonctionnel, enfin, on s’intéressera au rôle et aux enjeux de certains phénomènes dialogiques prototypiques tels que les reprises, le discours rapporté et la modalisation par discours autre. En quoi par exemple les reprises de discours nourrissent-elles le propos d’un locuteur à des fins argumentatives (débats politiques, conversations familières, tweets…) ? En quoi également les réécritures témoignent-elles d’enjeux créatifs propres à un auteur (réécritures des contes de Perrault par les Frères Grimm dans la littérature et les médias contemporains) ?

L’émergence récente des humanités écologiques, comme champ de recherche transdisciplinaire sur les rapports dynamiques entre l’homme et son environnement, dans leurs contextes culturels et historiques, met aujourd’hui le focus sur l’évolution des systèmes de valeurs associées au vivant et la construction d’imaginaires qui les accompagnent. Parallèlement, une partie substantielle de la pensée et des questionnements écologiques concerne la mise en mots et en discours des réalités du vivant, et notamment celles qui émergent aux interfaces des sociétés à leurs milieux. Dans cette double perspective, le recueil des « histoires vraies » au sens de Deborah Bird Rose (2004) et des récits sur la transition, comme le préconise Arturo Escobar (2018), devient une étape incontournable pour observer les mutations en cours et à venir.
L’objectif général du projet est de collecter les écrits et la parole qui reflètent et documentent l’évolution des représentations du vivant, notamment en temps de crise et de rupture, et d’offrir des outils appropriés à leur exploration. Le projet entend concevoir une approche notionnelle et outillée permettant de saisir l’évolution de notre rapport au vivant, à partir de l’exemple majeur de la forêt. 
En ces temps tragiques de crise entre l’homme et le vivant, on constate l’émergence de discours de citoyens, de scientifiques, de politiques plaidant pour un changement radical des pratiques, notamment en termes d’exploitation et de conservation des espaces naturels. Le projet permettra d’une part de comparer les productions contemporaines (médiatiques, scientifiques, récits d’expérience, récits de vie…) aux invariants et aux stéréotypes profondément inscrits dans notre imaginaire. D’autre part, dans une dimension littéraire, le projet conduira à interroger la vitalité des réécritures et des reconfigurations des textes fondateurs (mythes, légendes), des contes, tout en soulignant le rôle essentiel de ces productions, souvent qualifiées de mineures, dans l’éducation à l’écologie du public et des jeunes générations. Un des objectifs sera alors de réinterroger l’histoire littéraire et les catégories littéraires. Dans la perspective interdisciplinaire avec les sciences du vivant, la question sera aussi de qualifier et de catégoriser les écrits hybrides des scientifiques, à mi-chemin entre vocabulaire spécialisé et vulgarisation, dans des genres discursifs inédits et novateurs.
Nous faisons l’hypothèse que les productions littéraires et artistiques contemporaines (notamment celles pour la jeunesse) enregistrent la nouvelle sensibilité écologique en l’articulant avec les archétypes de notre imaginaire. Les travaux chercheront à répondre à deux questions : (i) comment s’articulent dans notre société les représentations liées au vivant non humain et à sa place, telles que véhiculées par les contes, les mythes et les légendes et les nouvelles pratiques du végétal ? y a-t-il rupture, continuité ou reconfiguration ? (ii) pourquoi et de quelle manière la littérature pour la jeunesse, qui réécrit et réinvestit les contes enregistre-t-elle avec une immédiateté surprenante les nouvelles valeurs écologiques qui sont transmises aux jeunes ?
Dans une perspective plus large, et notamment politique et sociologique, il s’agira d’interroger les données recueillies, sur la nature et le degré des changements déjà amorcés. L’approche holistique de l’humain et de la nature, appelée de leurs vœux, par de nouveaux courants d’écologie pluriverselle ou de permaculture, entre autres, (i) présuppose-t-elle un changement radical dans nos représentations et manières d’être, (ii) révèle-t-elle des scénarios transitionnels en germe ou déjà enclenchés, vers d’autres modes d’être avec la forêt, et plus généralement le vivant non humain, (iii) (re)découvre-t-elle des modes de pensée et des formes d’expérience élaborés par des sociétés non modernes et non occidentales ?  

Projets (liste non-exhaustive) :
 
  • Radicalisation violente (Région)
  • TALAD (ANR)
  • Prose (MSH SUD)
  • SNCF Cohérence (SNCF,  Praxiling)
  • SHS Forêt ! (AAP UPVM)
  • May’Volcano (Centre des Politiques de la Terre)